Nous offrons une alternative à ce massacre perpétré sur ces animaux un peu “oubliés” de tous. Nous devrions nous poser la question de toujours savoir ce qu’il y a derrière ce que nous consommons…
En recueillant ces animaux, nous leur offrons une vie paisible sans production et sans reproduction. Nos protégés font ce qu’ils savent le mieux faire : brouter ! De la sorte, ils entretiennent des sites patrimoniaux de façon écologique puisque cela évite le recours intempestif de machines très polluantes.
Nous n’avons pas inventé le pastoralisme mais l’avons remis au gout du jour, recréant ainsi un écosystème vertueux.
Reste néanmoins que ces animaux, sortis de leur contexte naturel, n’ont plus la faculté de s’auto-gérer, ce qui nécessite des interventions humaines pour les soigner et leur assurer la nourriture nécessaire lorsque les ressources naturelles viennent à manquer.
La législation implique également de les déclarer et de les identifier, de sorte à éviter toute nouvelle pandémie et tout trafic.
Nous faisons tout cela, tout en essayant de les remettre dans un contexte d’autonomie le plus naturel possible.
Nous avons besoin de vous, de votre soutien, afin de continuer nos actions en faveur de ces animaux extraordinaires à qui l’on vole plus des trois quarts de leur vie pour des raisons de consommations.
Toutes les vidéos de cabris sur les réseaux sociaux génèrent beaucoup de “likes” et de commentaires mais savez-vous qu’en réalité les chevreaux que vous y voyez n’ont pour la plupart que quelques jours à vivre et ne deviendront jamais adultes?
Des solutions existent mais il faut de l’information pour changer les pratiques et en cela, nous avons également besoin de vous!
Nous sommes bien conscient de n’apporter qu’une petite pierre à l’édifice de la misère animale mais ne faut-il pas commencer par agir en proposant des solutions plutôt que de tourner la tête?
Avec presque 700 millions de litres de lait de chèvre produits chaque année, la France se targue d’être le premier producteur d’Union européenne1. Or, sans mises bas, pas de lactation. Donc sans chevreaux, pas de lait et pas de fromage. C’est ainsi qu’en 2017, plus de 1,3 million de chevreaux sont nés dans le seul but de faire produire du lait à leur mère2.
Considérés comme des sous-produits et traités comme tels
En élevage, les chèvres mettent bas une fois par an. Les chevreaux leur sont aussitôt retirés et la période de lactation commence. Au bout de 7 mois environ, elles subissent une nouvelle saillie puis cessent de produire du lait durant environ 2 mois : c’est la phase de tarissement. Un nouveau chevreau naît, la lactation reprend, et ainsi de suite jusqu’à la réforme des chèvres, c’est-à-dire leur envoi à l’abattoir, en moyenne à l’âge de 4 ans3. Dans sa vie, une chèvre met en moyenne au monde 5 chevreaux, qui lui sont tous retirés4.
Une partie des chevreaux (des femelles) serviront à renouveler le cheptel laitier, à condition qu’elles grandissent assez vite et donnent naissance à leur premier petit dès l’âge d’un an5. Tous les autres chevreaux sont considérés comme des sous-produits de l’industrie laitière. Séparés de leur mère dès la naissance, ils sont envoyés à l’abattoir avant l’âge de 8 semaines6. Leur valeur économique à la naissance est dérisoire : de 1 à 2 euros par chevreau en 20227.
Selon un communiqué de la Confédération paysanne publié en janvier 2023, ces chevreaux sont devenus un tel « poids » que certains élevages font le choix de les tuer dès la naissance8. Un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux de 2021 mentionne en effet des « euthanasies intempestives »9. Et rappelle que « l’euthanasie massive en élevage ne peut donc constituer une solution acceptable pour résoudre le problème du nombre trop important de chevreaux à engraisser ». L’euthanasie pour « raison économique » n’est pas autorisée par l’article R214-78 du Code rural.
Expédiés pour 4 à 7 semaines dans des centres d’engraissement
80 % des chevreaux quittent l’élevage alors qu’ils ne sont âgés que de 3 à 8 jours. Les centres d’engraissement, qui effectuent eux-mêmes le « ramassage » dans les élevages, les entassent dans des camions. Certains élevages laitiers, cités dans le rapport du CGAAER, estiment que vu leur prix, ces animaux ne valent pas la peine qu’on leur consacre du temps : tant pis s’ils sont malades ou ne savent pas téter le jour du départ.
Selon leur taille, ces centres engraissent de 1 500 à 70 000 chevreaux par an10. Très peu d’informations officielles circulent à leur sujet. Même pour la filière caprine, ils constituent un « maillon relativement opaque » de la production11. Seule certitude : les chevreaux y passent leur courte vie enfermés en bâtiment, dans des enclos de 50 à 250 individus. Au lieu de téter le lait de leur mère, ils sont nourris avec de la poudre de lait diluée dans de l’eau, distribuée par une machine équipée de tétines en caoutchouc12.
15 % des chevreaux meurent avant l’âge d’abattage
Lors des 48 heures qui suivent la naissance, le taux de mortalité des chevreaux (souvent dû à des problèmes digestifs) varie de 2 à 12 % selon l’élevage13. Lors de la phase d’engraissement, la mortalité des chevreaux est en moyenne de 9 %. Elle varie de 2 % à 25 % selon les centres. Ils succomberaient souvent suite à des problèmes pulmonaires liés à la mauvaise qualité de l’air en bâtiment14.
Chaque année, ce sont donc environ 15 % des chevreaux qui meurent ainsi avant même d’avoir atteint l’âge d’abattage, et partent à l’équarrissage15. La filière caprine attribue cette mortalité précoce à la grande taille des ateliers d’engraissement qui regroupent des animaux issus de plusieurs élevages, au manque d’intérêt des éleveurs pour ces chevreaux à faible valeur économique, ainsi qu’à leur transport sur de longues distances16.
Produire du lait sans tuer de chevreaux ?
Pour ne plus avoir à envoyer de chevreaux à l’abattoir chaque année, certains éleveurs choisissent de faire durer la toute première lactation, sans déclencher de nouvelle mise bas. Au-delà de 480 jours sans mise bas, cela s’appelle une lactation longue17. Certains éleveurs traient ainsi leurs chèvres en continu durant des années, jusqu’à 12 ans selon les témoignages18. Un seul petit naît : celui qui a déclenché la première lactation.
Pourquoi ne pas utiliser cette solution dans tous les élevages et ainsi épargner des centaines de milliers de chevreaux chaque année ? En réalité, un tiers des élevages pratique déjà la lactation longue sur une partie de leur troupeau. Sa durée moyenne est plus proche des 700 jours19, et la raison est plus économique qu’éthique. Rallonger la période de lactation permet en effet de produire du lait toute l’année, d’exploiter des chèvres qui ont des problèmes de fertilité, mais aussi d’éviter les contraintes d’une mise bas : frais vétérinaires, risques pour la mère, temps de surveillance accru, etc20.
Dans les faits, seules les chèvres les plus productives sont mises en lactation longue. Lactation longue ou pas, il faut bien des chevreaux femelles pour renouveler le troupeau. Les professionnels préconisent un taux de renouvellement de 20 à 25 % du troupeau pour éviter son vieillissement et maintenir son « potentiel génétique »21. Autrement dit, les deux tiers des chèvres continuent, elles, de mettre des chevreaux au monde. S’ils naissent mâles, leur sort reste le même : engraissement et abattoir. Et si leur productivité baisse, les chèvres en lactation longue sont envoyées à l’abattoir comme les autres.
Sources
France Agrimer, 2023. Lait de chèvre, fiche filière, janvier 2023.
Interbev, Anicap, 2018. Plan de la filière caprine française remis au ministère de l’Agriculture suite aux États généraux de l’alimentation, 52 p. (p. 19).
Dans l’imaginaire collectif, les chèvres gambadent dans de verts pâturages et produisent du lait pour de petites exploitations artisanales1. Savamment orchestrée par l’industrie laitière, cette image d’Épinal est à mille lieues de la réalité.
Enfermées en bâtiment 365 jours par an
En France, 60 % des chèvres passent toute leur vie enfermées en bâtiment2. À aucun moment elles n’accèdent à ce pâturage si souvent représenté sur l’emballage des fromages. Il existe cependant une forte disparité entre les régions. En Ardèche par exemple, où sont élevées 2 % des chèvres françaises, 88 % d’entre elles ont accès au pâturage3. À l’opposé, en Nouvelle-Aquitaine, qui concentre ⅓ du cheptel national4, 9 élevages sur 10 enferment leurs chèvres 365 jours par an5.
Impossible de grimper, ou de créer des liens sociaux stables
En élevage intensif, les chèvres vivent en groupes de grande taille dans des enclos paillés souvent dénués de tout enrichissement. Un tel environnement est incompatible avec leurs besoins comportementaux. Des études récentes montrent que pour survivre en petits groupes dans un environnement escarpé, où la nourriture est souvent difficile d’accès, les chèvres sauvages ont développé un répertoire sophistiqué de comportements alimentaires et sociaux. Les chèvres domestiques, qui ont hérité de la plupart d’entre eux, ont donc besoin de grimper, d’explorer leur environnement, de manger en hauteur, de sélectionner leur nourriture et d’établir des liens hiérarchiques complexes et stables avec leurs congénères. Tout cela est impossible en élevage intensif6.
Produire plus de 1 000 litres de lait chaque année
En France, plus de 5 280 élevages caprins se consacrent à la production de lait et/ou de fromages. 43 % d’entre eux exploitent plus de 150 chèvres reproductrices. Parmi ces gros élevages, 416 détiennent plus de 500 individus7.
Autre signe de l’intensification de l’élevage caprin : la productivité du troupeau français. Si l’hexagone ne détient que 11,5 % du cheptel caprin de l’Union européenne, elle est de loin le premier producteur de lait de chèvre8. Traite deux fois par jour, une chèvre produit en moyenne 960 litres de lait par an9 contre 578 en 197910.
Les races saanen et alpine, sélectionnées pour leur grande productivité, assurent la quasi-totalité de la production. Dans les gros élevages de plus de 250 chèvres, leur productivité dépasse facilement les 1 000 litres par an11.
Une vie écourtée pour quelques litres de lait en moins
Alors que leur espérance de vie est de 15 à 20 ans (voire plus), les chèvres de l’industrie laitière sont envoyées à l’abattoir entre 3 et 4 ans12. Passé cet âge, leur productivité est jugée insuffisante. À 3 ans, une chèvre produit en moyenne 1 000 litres de lait par an, contre 955 à 4 ans13. C’est cette infime différence qui justifie donc leur mise au rebut. En 2021, près de 213 000 chèvres dites « de réforme » ont ainsi été abattues pour produire environ 5 000 tonnes de viande14. Toutes les autres, soit 40 à 45 % des chèvres réformées chaque année, ne sont pas envoyées à l’abattoir pour leur viande mais partent directement à l’équarrissage, comme de simples déchets15. Selon la filière caprine, c’est le manque d’abattoirs spécialisés à proximité des élevages qui serait en cause. La concentration de la filière d’abattage aurait en effet créé des zones de « vide » où le nombre des équarrissages dépasse celui des abattages pour les chèvres dites « de réforme »16.
Enquête dans un élevage Chevenet
En 2022, des images filmées dans un élevage de l’entreprise Chevenet (Saint-Maurice-de-Satonnay en Saône-et-Loire) montraient au grand jour les conditions d’élevage choquantes du premier producteur européen de fromages de chèvre fermier : 2 000 chèvres entassées en bâtiment avec pour seul accès extérieur une cour bétonnée. Un élevage sans aucun pâturage où les chèvres sont frappées à coups de bâton et de nombreux chevreaux laissés à l’agonie. Des conditions de vie misérables en total décalage avec la communication de l’entreprise vantant une « production traditionnelle », effectuée dans le « respect des animaux »17.
15. Interbev, Anicap, 2018. Plan de la filière caprine française, remis au ministère de l’Agriculture suite aux États généraux de l’alimentation, 52 p. (p. 19)
En 2021, la France a élevé sur son territoire plus de 1,3 million de chèvres et de boucs1. Ce chiffre ne comprend pas les 812 000 chevreaux2 expédiés à l’abattoir alors qu’ils n’avaient encore que 6 à 8 semaines3. Pour produire les presque 700 millions de litres de lait qui font de la France le producteur numéro 1 en Europe4, les chèvres doivent forcément mettre des petits au monde. Leurs chevreaux sont, tout comme les veaux, considérés comme des « sous-produits » de l’industrie laitière. Si un quart d’entre eux serviront à renouveler le cheptel laitier (des femelles), les autres seront engraissés pour produire de la viande ou envoyés à l’équarrissage5.
Par ailleurs, la vie des chèvres laitières est très éloignée de l’image bucolique savamment entretenue par l’industrie fromagère. En France, 60 % des chèvres passent en effet leur vie enfermées en bâtiment6, sans jamais sortir à l’extérieur. Après avoir mis au monde un petit par an pour produire près de 1 000 litres de lait chaque année7, elles seront tuées entre 3 et 4 ans, « réformées » car plus assez productives.8
Pomiès D., Constancis C. et al., décembre 2022. Devenir des jeunes ruminants laitiers : comment concilier élevage et attentes sociétales, communication donnée lors des 26e Rencontres autour des recherches sur les ruminants, Paris, 7-8 décembre 2022, 11 p. (p.5).
Interbev, Idele, 2017. Caractérisation de la filière viande caprine – Identification des acteurs de la viande caprine, analyse des flux d’animaux et des débouchés, 37 p. (p. 9).
Recensement agricole 2010.
Idele, 2021. Résultats de contrôle laitier. Espèce caprine, 32 p. (p. 3).
Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, 2019. « Le bien-être et la protection des chèvres », agriculture.gouv.fr, article du 28 février 2019.